Les hommes

 

Dans une forteresse, il y a des hommes qui servent, et qui conditionnent la force de la forteresse suivant leur nature, leur moral, leur entrainement et l’encadrement.

 L’équipage du fort du Chénois est composé de 8 Officiers, 15 à 20 Sous-officiers, et quelque 290 Hommes de troupe ; l’effectif est assez fluctuant en fonction des besoins, des permissions, des indisponibilités, ou des stages ! Le recrutement est local, les équipages étant pratiquement tous des «frontaliers», afin que l’effectif de temps «de paix» ou  de calme, passe rapidement à l’effectif «temps de guerre», ou de « crise» (euphémisme de politiques, pour ne pas dire que « çà va péter bientôt et qu’on va ramasser» !). Les cadres, réserves ou active, viennent d’un peu partout, et sont très motivés.

 

  Les effectifs sont constitués principalement d’ infanterie ( 155 e régiment  d’Infanterie de forteresse), et d’artillerie (tourelle à deux 75mm de B 5) du 169e R.A.P  et du Génie :3e Génie. Rapport du Capitaine AUBERT / 178 Fantassins , 80 artilleurs et 90 Sapeurs du Génie ( mécanos , téléphonistes , électriciens, maçons ! !, tourneurs, electro mécaniciens, V.F , etc)

 

Des  pionniers du Génie assurent le service de l’usine électrique, de la sous-station, des groupes électrogènes de blocs ,des ateliers, des locos électriques à accus, et des petits trains, ainsi que pour les monte-charges et tout ce qui est électrique ,téléphonique ou radio ou mécaniques .

 

Le service sanitaire est composé d’un « toubib » et deux  ou trois infirmiers (dont certains étaient infirmiers dans le civil …ou forgerons ! ou autres)

Le caporal -aumônier)  QUARNIER, Abbé et curé d’Attigny « dans le civil » a rédigé de nombreux poèmes. (en terme militaire, c’est le Baba, terme très poli et révérencieux pour désigner le prêtre-aumônier, de la même façon que le médecin est nommé et se nomme le toubib, mot arabe-parlé, tabéba qui veut dire: médecin).

 

  Quelques cadres du Chénois : Capitaines  AUBERT et LOMONT, Lieutenants NAULET, TURPAUT Cdt l’artillerie, VANDEPUTTE Cdt le Génie, DELOOZ, Major, DUMONT, Cdt Génie-transmissions et ACKERMANN. Sergent-chef GENON Edgar (photo), Sergent  CHANDLER Pierre, maitre-électricien, Sergent  Georges-Antoine KEEL engagé volontaire, active ; puis évadé et Libération (né suisse en 1917 , en AU.). Adjudant ESTIENNE, chef comptable-intendant..( qui fera la dernière patrouille du fort,le 12 Juin au soir, alors que la fortification " n' a pas à faire de patrouille, chose réservée aux troupes d' intervalle"!...Et il ne pourra plus rentrer dans le fort , ensuite, l ' évacuation-sabordage étant commencée !.....).

 

Sergent KEEL   Sergent KEEL

Le Lt ACKERMANN commande des observateurs d’artillerie. (A Thonnelle,  le Lt TAYOT, Ingénieur Arts et Métiers, commande une équipe d’observateurs-artilleurs ; à Vélosnes, c’était le Lieutenant CHARLOT ( Rés) qui s’occupait de l'observation-aviation-appui-feux), ce qui prouve que tout avait été prévu sur la Ligne, y compris des appuis-feu par avions……

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   Tout ce monde n’occupait le fort qu’en cas de crise ; en temps « tranquilles », une équipe d’une trentaine de personnels gérait le fort et le gardait. Le gros des troupes était encaserné à l’arrière, à la Ferté, à deux kilomètres du fort, casernes modernes proches du village , et dans le batiment , aujourd'hui disparu , situé à l ' entrée de Monlibert ( grosse maison ocre-jaune à la place).

  

 En temps de guerre, dès l’alerte de 1938, l’effectif au complet s’est installé « dans la géante taupinière », comme  il est écrit le 29 Octobre 1939, dans le «journal du Chénois.»

Dans « le sous-marin Chénois », sous terre,  humide, (il y a toujours eu des infiltrations d’eau. (des jauges de murs, qui n’ont pas bougé depuis février 1939, près de B2, en attestent : çà tient mais çà coule !)) .

 Il y des chefs assez rigoureux (et presque toujours  tirés «à quatre épingles» (çà se perd !),  la bonne bouffe de la cuisine, et, en lieu de « foyer du soldat »,  un recoin sentant la graisse et l’huile  (petit atelier). De petites séances récréatives sont organisées avec  une équipe de « comiques et de rigolos ».  L ' intendant- comptable , l ' Adjudant Chef Estienne veille aux comptes et à la bonne marche " de la boutique"   ( renseignements communiqués par Mr Harmand , du Comité de Villy la Ferté , ouvrage frére ) .

  Un petit journal interne, « le P’tit Chénois » donne quelques informations sur l’extérieur.( ON nous  a donné un trésor de guerre : une quarantaine de « P’tit Chénois » et papiers et programmes, et les paroles de la chanson du fort : la bétonite du Chénois.) 

  Dés le début de l’attaque, les Allemands se mettent « au contact » (à 500 mètres ) du Chénois ; les 17 et 18 Mai 1940 , la tourelle de B 5 arrose par des tirs d’épouillage le P.O de la Ferté qui est assiégé, et le village de Fromy, qui abrite une pièce DCA  de 88 mm qui tire sur le P.O ; les tirs de B 5 sont gênés par des fumigènes constants ; le soldat Pol Peltier , observateur d’artillerie à B 4, proche de son lieutenant d’artillerie, entend le Lt BOURGUIGNON , assiégé dans la Ferté P.O : « Mon lieutenant, tirez sur nous ; plus qu’on en tue et plus qu’il en monte !» (Pol Peltier, l’Ardennais l’Union Janvier 2009). ( et assiste , par téléphone , à l' agonie du fort et de ses défenseurs , à  commencer par l ' Adjudant Sailly , qui tient le central téléphonique de Villy la Ferté ).

  Les tirs trop nombreux de B 5 (4000 coups de 75 mm en deux jours) font éclater un tube, bilan: deux tués dans la tourelle. ( et pendant l' interruption des tirs, pour ôter la pièce explosée , les deux cadavres déchiquetés, monter un tube de rechange, et l ' installer , le P.O de Villy- la Ferté se fait achever !)

  Puis après le 19 Mai, l’armée allemande étant occupée à Dunkerque, sur la Somme, puis la Seine  (9-12 Juin), le Chénois ne reçoit que des coups de canons : multiples impacts, de 150 à 210 mm, et quelques bombes de Stukas, et des harcélements " pour tâter le terrain", harcélements repoussés à la mitrailleuse et au canon ; le Chesnois aide - au canon- des casemates harcelés ou " tâtées"...

 

  Le 12 Juin 1940 , le «front »  de la Seine se crevant (il ne restait plus que des « divisions légères » 215 e , 236 e D.L.I, etc), l’ordre d’évacuation du Chénois est donné, ainsi que le sabordage de la Ligne  jusqu’à Longuyon ; les troupes partent, la nuit, sous l’orage ; un soldat est tué devant le B 7, en patrouille peut-être  par des tirs d’une patrouille allemande, infiltrée et  cachée au Nord-’Ouest de  B7 . Les cadres jettent leurs bécanes dans les barbelés , la « rage au cœur » ( les cadres , Officiers et Sous- Officiers ne se déplaçaient qu'à vélo dans les galeries, «en essayant d’éviter les rails» (dixit Lt TAYOT, à Thonnelle) pour aller plus vite de postes à postes .. 

  Cette troupe, armée des F.M sans bipied ( !) et de quelques fusils ou révolvers, se regroupe du côté de Verdun, pour, finalement, se retrouver prisonnière dans les Vosges, le 18 Juin (ils auraient été bien plus utiles dans leurs forts ! et auraient moins souffert, n'étant que des équipages de forts, comparables à des marins, ou à des sous-mariniers, non-habitués et non entrainés et non équipés pour le combat terrestre).

   -déroulement de cette évacuation et des suites, voir le livre " les soldats du bétoné , Terres Ardennaises , 1986, par Gérard Giulano.

L’observateur d’artillerie Pol Peltier restera CINQ  ans chez des paysans (« mais ils étaient gentils »)  dans la région d’Ulm, Allemagne du Sud.

Le capitaine Aubert, qui commandait le fort du Chénois, , a été fait prisonnier. A ne pas confondre avec Aubert , de Fermont , prisonnier , qui s’est évadé, a rejoint l’Afrique, et a été tué à la tête d’une compagnie d’engins ( dont canons de 25mm Puteaux ) en engageant des chars Tigre (que çà) sur  les cols tunisiens, durant la campagne d’hiver 42-43.( Combats contre l'Axe entre Alliés, fraichement débarqués en Afrique du Nord -Opération TORCH, novembre 1942-  aidées par les Français, troupes d'AFN, mal équipées) .

 

 Certains soldats, comme Pierre CHANDLER d’Attigny, par Maiche, St Hyppolite, arriveront en Suisse «à  Ste Ursanne»(,village de Porrentruy), comme   34.500 soldats (du 45e Corps d’Armée, général DAILLE ).  Ils seront  internés dans le camp de Büren, ou aux alentours «sur  parole», avec 12000 fantassins  polonais de l’Armée Française et quelques Anglais .... Ils repartiront de Suisse le 14  Janvier 1941 vers la France, libres (pas les Polonais, car la Pologne n’existe plus ; ils restent  en tant qu’ouvriers, « à un franc par jour» !). - Polonais :soldats chasseurs de la 2 eme D.I.P , du 8 eme C.A internés en Suisse /"www.empereurperdu.com " de Tribune Histoire ( " exellente étude sur les combats au sud de Troyes,16 Juin 40.."  et 17 Juin dernier combat " pour l ' honneur " , au nord de Tanlay ...en passant...)

   A mentionner : les massacres au sud de Troyes : une trentaine de soldats éxécutés froidement ....le massacre de Domptail, Vosges , le 20 Juin 1940, : une trentaine d' hommes du 146 eme R.I.F qui résistaient "un peu trop" dans ce villge ont été massacrés .....et massacre d' une soixantaine de Sénégalais à côté de Clamecy, pour les mêmes raisons...etc...Jules César n ' est pas resté longtemps en Germanie !il y a vite compris comment étaient les gens, et en est vite reparti ( en plus des terres, impropres à la culture du blé ; donc " pas la peine d' y rester ; on s' arrête au Rhin").

 Dans ce flot de troupes défaites il y avait aussi  des Anglais et des Belges,  poussés «  la baïonnette dans les reins » ; ces 50.000 Hommes, vaincus, furent accueillis en vainqueurs et en héros par les Suisses, ce qui gênait les autorités ; tout le matériel, armement, camions, munitions, canons, chevaux fut reversé aux Allemands.  ( de quoi équiper trois à quatre divisions d'infanterie pour les futures campagnes,dont la Russie,avec du matériel hétéroclite...Et d 'aller  " s 'engouffrer" dans les pattes de l ' ours russe !-  " Cà y est ! ils sont foutus", paroles du Maréchal Pétain au soir du 22 Juin 1941 .....).

 

  Pour avoir un déroulè complet et précis de l'évacuation et de la retraite des équipages , consulter le site " ARDENISTOIR. E -Monsite" .

 

  Effectif de la Ligne : 25.000 hommes; certains ouvrages ne se rendront que sur ordre le 4 Juillet 1940 , invaincus ; mais , néammoins, les Allemands , " généreux" , les mettront prisonniers en Allemagne , cinq ans! . ....Certains ouvrages ,  tous occupés par les Allemands , seront utilisés " offensivement" par eux , en particulier Schoenenbourg , le Hochwald , ceux de Bitche, Simserhof , Schiessek ,  Grand Hohé , Otterbiel ,le Hackenberg , et ...,  et également les vieux forts de Metz et Thionville , dont le fort St Julien ,barrant la route aux Américains à l'automne 1944; les forts ne seront tenus que par des effectifs ridiculement petits : par exemple ,le fort du Schiessek  n'avait comme équipage allemand QUE  100 soldats artilleurs, mécanos , qui servaient les tubes d'artillerie, et " ennuyaient - immobilisaient" les Américains. ( " Retournement de la Ligne Maginot " prévu chez les Allemands depuis 1941 ) ( voir site AALMA , sur les combats dans le secteur Rohrbach ).

 

  Les équipages faisaient des quarts de huit heures , " trois huit", et ne disposaient que de deux couchettes pour trois hommes, régime " sous-marin"  " couchette chaude" ; quand  un était à poste , l ' un dormaiit , l' autre faisait quelques corvées, somnolait, se reposait , " glandait", ou s' occupait à passer le temps , soit  à jouer aux cartes , soit aux dames, soit aux osselets, soit lisait , soit participait à la vie " communautaire ": rédaction du Petit Chénois , répétition de théatre , ou allait respirer un peu d' air pur , au Chénois, dans l' entrée du B 7. Ce , dans un vacarme assourdissant : bruit des moteurs , 20 mètres plus loin, en bas , et bruit énorme -sifflement causé par l ' aspiration des moteurs , par le sas-entrée-hommes, et aspiration de l ' air frais pour le conditionnement d' air , par la prise d ' air du fossé; "les vacances dans une soufflerie ! ". Dans les casemates , en période calme, le seul espoir de voir le jour et de respirer de l ' air frais , c ' était d' ouvrir le créneau d' armes,  tirer  l'arme en arrière ou sur le côté , et de contempler un immense réseau de fils de fer barbelés , piquets queues de cochon , rails antichar plantés en terre, herbe rase, quelques petits oiseaux, et les réseaux filant à l ' infini , vers la Suisse , ou vers la Mer du Nord....Drôles de vacances ; mais on n ' était pas en vacances. Les vacances du malheur ; le monde était devenu fou.

 

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