La guerre du Brigadier Moinet.

La guerre du Brigadier Moin ;  Il était grand , poli , il riait , il avait des problèmes , il travaillait avec moi , nous nous estimions , et il me racontait des tas de choses ; dont " sa guerre"...Elle n' a pas été au fort du Chénois , mais elle a été ailleurs en Sarre,sur, et  en avant de la Ligne Maginot puis dans les Ardennes ( " c' est pas trés loin du Chénois !").

" A 18 ans , je me suis engagé car je n' avais plus envie de travailler en usines, et je voulais "faire autre chose"; Je suis rentré dans l ' infanterie, donc , juste avant la déclaration de guerre . Comme j ' étais grand , fort, et bon tireur , on m ' a mis tireur au F.M 1924-1929 ; dés le début , on nous a mis " sur la Ligne Maginot " à Merten  juste à la frontière , en Sarre ( face à Ottonville, Creuzwald , secteur de Bouzonville) ; les gens avaient l ' ordre d' évacuer une petite zone-frontière ; ils partaient avec leurs affaires , le bétail , les volailles ; ils allaient à l ' intérieur ; sauf d' autres , qui eux " passaient en face ".....avec armes et bagages ....L' hiver a été trés froid , dans les tranchées qui surplombaient la frontière ; on montait la garde , transis; de temps en temps , une patrouille ennemie s' approchait trop  près des barbelés , et on jetait quelques grenades et je tirais au F.M ....On mettait des boites de conerves vides , avec un gros clou dedans pendu, pour faire sonnettes et avertir de présence ennemie dans les barbelés . On a retrouvé des morts , le jour , dans les barbelés...Mais personne n ' apparaissait en face, le jour ; il y a eu aussi des tués Français , un peu plus loin. Et nous attendions.  Puis quand il y a eu l ' attaque à Sedan et en Belgique ( on l 'a appris plus tard) , on a fait mouvement en train vers la Meuse et les Ardennes ...Des avions ont attaqué les trains ; on est parti à pied , la nuit , pour ne pas se faire tirer par les avions ennemis qui occupaient le ciel durant la journée ...Un jour au matin ,on est arrivé dans une ville ? ? qui avait été bombardée , surtout sur la gare ( peut - être Rethel ....?) Il y avait des trains qui brûlaient , et surtout : " on n' avait plus beaucoup de chefs ! ".Il y avait aussi des troupes , diverses,...d' ailleurs; il y a des soldats qui m ' ont dit d' ouvrir un  petit wagon citerne " au F.M" ; j ' ai laché une petite rafale dans la citerne ,et le vin s' est mis à couler , tout de suite récupéré qui dans des bidons , qui dans des seaux en dur ou en toile....

..Puis nous avons fait mouvement sur Guignicourt sur Aisne , en unités constituées , afin de s' installer en arrière-Sud de l' Aisne , où nous sommes restés une vingtaine de jours ; on ne savait rien ( Variscourt ?) . Puis , un matin tôt , sans bruit, avec un peu de brûme , vers le 10 juin ( 9 juin !) ,une rafale d' obus nous est tombée dessus , des gros , explosifs , et des fumigènes , acres ; nous avons mis les masques à gaz aussitôt ; et dans un grand silence , d' un seul coup , les Allemands  ont franchi l' Aisne sur des canots pneumatiques , jetant des grenades à manche , et tirant au pistolet mitrailleur - la mitraillette- que nous découvrions ; en grand silence , tout simplement parceque les  gros obus nous avaient assourdi tous ; une grenade m ' a soufflé mon F.M ,, et bousculé ; paniqué , aveuglé , assomé, je me suis levé pour courir et partir; mais je n 'en ai pas eu le temps ; je me suis effondré ,je venais de ramasser une rafale de P.M dans le dos : trois balles ; on m ' a laissé pour mort ; les Allemands , toujours en courant , tirant et jetant des grenades , dans la fumée, ont avancé, ont coffré tout le monde. La dernière ligne de défense de l'Aisne venait de sauter .On m' a ramassé sur le terrain dans la journée ; il y avait eu beaucoup de tués , écrasés par les obus ,ou , paniqués, rafalés quand il partaient en courant ...Les Allemands étaient des professionnels , bien entrainés; ils avaient attaqué sur une vingtaine de kilomètres de large...On m ' a emmené en Allemagne , dans un train , puis mis dans un hopital pendant trois semaines ...Je suis resté cinq ans dans une ferme ; c ' était dur ; mais pour les Allemands , c' était encore plus dur : tous les hommes périssaient à la guerre..On dormait dans des couvertures , sans drap, et on les lavait deux fois par an.....Je suis rentré dans les Ardennes , et tout de suite ,je suis rentré dans la Douane, àux Vieux Moulins de Thilay , puis à Monthermé ...Je me souviens , on touchait 3000 francs par mois , que je donnais tout de suite à ma logeuse pour le coucher , le manger , le linge § Pour " faire le garçon" , j' allais couper du bois aprés mon service , pour avoir 1000 fcs de plus..(3000 fcs 1945 =...pas grand chose , même à l ' époque ; un instituteur devait avoir 20.000fcs...Les gens avaient une table , deux chaises , un mauvais lit ; et quand il y avait un poêle avec du bois ..." aah , le bonheur !" ; mais les gens étaient contents , se débroullaient, dansaient,...et autres choses-rapido ! Ils sortaient tous de l ' enfer  , vivants !" )....." Dans une ferme à côté, en Allemagne , pas trés loin - parcequ 'on avait quand même des moments de liberté- avec les lettres K.G peintes dans le dos , il y a un soldat qui est arrivé dans une ferme ; un jour , les fermiers l ' ont invité à boire un coup chez eux ...; sur le buffet , il y avait des photos diverses ; le soldat regardait ces photos , et en particulier une vieille photo , d' un soldat français de 1914 ; " mais c' est mon père qui est sur cette photo" ; et l' aïeule , ,qui le regardait depuis quelques temps , s' écria : " mais c' est le fils de ..., qui est resté prisonnier avec mon mari , à la ferme , de 1914 à 1918 ...." .Et effectivement , ce gars là , de 40 à 45 , a succédé à son père , qui avait été prisonnier de 14 à 18 ...Finalement , il a un peu trop " chauffé la fille" ( c'était interdit, et frappé de camp de concentration ) , et  'il est resté , aprés  la guerre , à la ferme allemande, avec sa fraülein ".... - Note : les défenses françaises sont établies sur l' Aisne , depuis le fort du Chesnois - môle- et casemates de Margut et Moiry- depuis que Villy la Ferté est tombé , en passant par Inor-Stonne,-Rethel ( 12eme D.I de Lattre) ; la ligne continue par le plateau du Chemin des Dames et part sur Amiens et Abbeville - combats épouvantables à Dury et Salun, début Juin 40) ; les Allemands , sur l' Aisne " sont chez eux" : forét de Prouvais , Juvincourt, Corbeny : ils y étaient , et en sont partis vingt deux ans auparavant ! Pour certains, " ils n ' ont dû "  qu ' à remettre des bûches dans l' âtre " , quittée fin 1918 ; donc ils savent où installer leurs canons , et où tirer et comment ! Comme le général commandant la 71 eme I.D à Carignan et Villy la Ferté, ou Gudérian qui reconnaissait " en faisant de la moto" la route de Macquenoise , sur laquelle il s' est cassé la figure - et receuilli par le cafetier de la maison-frontière belge ....- Le renseignement -ou le souvenir frais - c' est la moitié de la bataille gagnée...  (  Il y a une quinzaine - vingtaine , d' années, un archéologue local-et bénévole- et éminent !, a été appelé, " mandé" , par les services publics qui étaient en train de nettoyer l ' Aisne , ou son canal,( chômage) afin de reconnaitre un lieu "historique"   ; en effet,  au fond du lit , vers l ' ouest de Rethel , Guignicourt ?, aparaissait un canot pneumatique , des corps -squelettes de soldats allemands , les bras étalés, des armes, une mitrailleuse allemande : - un canot et son équipage allemands s' étaient fait rafaler par une mitrailleuse française , lors du franchissement de l ' Aisne , tous tuès, et  ils avaient coulé ; et ils étaient  restés là , au fond de l ' eau , de Juin 1940 à environ 1990-1995  soit  un demi-siècle ....Maintenant , c' est l ' INRAP qui est appelé pour ce genre d' étude historique ).

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